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L'État prolétarien et l'abolition des classes

Le texte qui suit a été écrit il y a quelques années déjà par Bob Avakian, du Parti communiste révolutionnaire des États-Unis (RCP,USA). Il s'agit du premier d'une série de cinq articles visant à souligner les principales différences entre maoïsme et anarchisme. Les quatre autres textes, qui portent sur les questions de la méthode, du parti, de l'armée et celle de la conception du monde, sont accessibles sur le site Web du journal Revolutionary Worker (www.revcom.us), sous la rubrique Writings of Bob Avakian.

La rédaction

Pour débuter, j'aimerais revenir sur un des aspects les plus importants de toute cette question de la différence entre maoïsme et anarchisme : c'est la question soulevée par Lénine, à son époque, en réaction à la croissance de différents courants similaires à l'anarchisme, de courants radicaux variés et distincts du communisme et qui lui étaient même carrément opposés à bien des égards. Lénine disait que dans un certain sens, l'anarchisme, comme tous ces courants, devait être compris et interprété, plus généralement, comme étant « une sorte de châtiment pour les déviations opportunistes du mouvement ouvrier ». Ce que Lénine voulait ainsi exprimer, c'est que l'anarchisme a pu naître et se développer dans la mesure, essentiellement, où le mouvement communiste n'a pas été lui-même suffisamment révolutionnaire. Ainsi, des révolutionnaires honnêtes ont été attiréEs par l'anarchisme, parce que celui-ci a pu parfois apparaître comme étant plus révolutionnaire que le marxisme. C'est là un aspect très important de la question : à savoir que là où le courant anarchiste en arrive à croître parmi les gens qui s'opposent radicalement au statu quo, plus souvent qu'autrement, cela découle du fait que l'idéologie et le programme qui sont censés être les plus révolutionnaires - le communisme - ne le sont pas vraiment ou qu'ils sont inconséquents : comme par exemple lorsque sous le couvert du marxisme, on ne trouve en fait qu'une autre variante du même vieux réformisme. C'est ce que Lénine voulait dire lorsqu'il écrivait que l'anarchisme était un « châtiment » - une sorte de prix à payer pour l'opportunisme de droite.

Il y a quelques années, nous avons publié une brochure dont le titre et le contenu général soulignaient le fait qu'en réalité, il n'y a rien de plus révolutionnaire que le marxisme-léninisme-maoïsme. Bien que de fait, il existe beaucoup de choses qui s'avèrent plus révolutionnaires que le faux communisme, il n'y a rien de plus révolutionnaire que le communisme authentique - dans le sens où il n'y a rien de plus révolutionnaire que les intérêts fondamentaux, la mission historique et la conception du monde du prolétariat, ainsi que la lutte qui vise à en faire une réalité matérielle. Et il est inconcevable que quoique ce soit d'autre puisse être vu comme étant plus révolutionnaire que ça - chose certaine, on ne devrait jamais accepter que ce soit ainsi.

Quelle est donc notre réponse fondamentale à l'anarchisme, et comment devrions-nous procéder pour la définir ? Je prétends que nous devons partir de notre objectif final - i.e. la révolution la plus profonde et la plus complète de toute l'histoire de l'humanité - pour ensuite déterminer ce qu'il faut pour y arriver. En d'autres termes, si on veut s'opposer à l'anarchisme, plutôt que d'y aller avec des arguments du type « vous devez comprendre que nous ne pouvons faire ceci tout de suite et que nous ne pouvons éliminer cela tout de suite, et vous devez comprendre aussi que nous avons besoin d'un État et que nous avons besoin d'un parti également », et tutti quanti, nous devons partir du point de vue de notre objectif final et de ce qu'il représente, à savoir la rupture la plus radicale qu'on puisse imaginer. Il faut d'abord établir très clairement ce pourquoi nous luttons, pour ensuite revenir sur les contradictions que nous devons surmonter et au travers desquelles il nous faudra passer si on veut atteindre notre objectif. Autrement, on risque d'avoir l'air plus conservateurs que les anarchistes alors qu'en fait, nous sommes bien plus radicaux et radicales qu'ils le sont.

Si nous voulons critiquer l'anarchisme efficacement et mener la lutte pour que les gens adhèrent au maoïsme, nous devons nous appuyer sur les prédispositions radicales qui animent la plupart des anarchistes. Nous devons lutter avec elles et avec eux pour approfondir ces prédispositions et les pousser encore plus loin. Et cela, nous devons le faire d'un point de vue révolutionnaire, du point de vue de la transformation la plus radicale de toute l'histoire de l'humanité - la révolution prolétarienne et l'idéologie communiste.

Comme nous l'avons également souligné dans la brochure précitée, et comme notre Parti l'a déjà mentionné à maintes reprises, le communisme ne pourra être pleinement atteint qu'à l'échelle du globe. À cet égard, il y a dans le point de vue anarchiste, et en particulier lorsqu'il s'exprime dans le cadre d'un pays impérialiste, une certaine dose de ce qu'on pourrait appeler du « chauvinisme impérialiste ». Objectivement, et indépendamment des intentions de ceux et celles qui le mettent de l'avant et des sentiments internationalistes qu'ils peuvent parfois éprouver, le fait est que le point de vue anarchiste, dans un pays impérialiste, équivaut jusqu'à un certain point à un programme de « communisation » (ou mise en commun) du butin amassé par l'impérialisme. En effet, si on accepte le point de vue anarchiste comme quoi il ne devrait plus y avoir d'État, cela voudra dire qu'il n'y aura donc aucun moyen de mettre les intérêts de classe du prolétariat et ceux des masses populaires au-dessus des intérêts individuels et ceux des petits groupes ou unités. De la même manière, il n'y aura non plus aucun moyen de placer les intérêts de la révolution mondiale au-dessus des intérêts plus étroits de la population de tel ou tel pays. Et ce problème-là sera encore plus important dans un pays comme les États-Unis ayant une longue histoire de pillage et de domination impérialistes.

Partir d'un point de vue internationaliste

Les anarchistes prétendent que non seulement il ne devrait pas y avoir d'État dans la société nouvelle qu'ils entrevoient, mais qu'il n'y aura nul besoin d'une direction révolutionnaire établie et assez bien organisée pour assurer le renversement de l'ordre ancien. En fait, si on suivait cette ligne de pensée, cela voudrait dire qu'on ne pourra jamais renverser l'ordre dominant ; parce que pour y arriver, ça impliquera qu'on se sera opposé et qu'on aura défait un pouvoir politique et militaire hautement organisé et très puissant, comme l'est devenu aujourd'hui l'appareil d'État d'un pays impérialiste.

Mais bon : disons qu'on accepte, pour les fins du débat, l'idée qu'à un moment donné, on puisse réussir à renverser l'ancien système sans direction révolutionnaire organisée et qu'après coup, on tente d'aller de l'avant en se passant d'un État de quelque nature que ce soit. En réalité, pour être conséquent avec la vision anarchiste, il faudrait alors que la société et l'économie soient structurés de telle sorte que chaque unité de production, ou chaque groupe d'individuEs qui se seront mis ensemble pour mener une activité de production quelconque et procéder à des échanges, devra jouir des fruits et des bénéfices de ce qu'elle aura produit. Mais alors, parmi les nombreux problèmes que ça posera, il y a le fait qu'indéniablement, si vous partez ainsi sur des fondements économiques qui eux-mêmes découlent de la position de votre « ancien » pays impérialiste dans le cadre de la division internationale du travail et du procès d'accumulation impérialiste, vous ne ferez rien de plus que de vous partager la « récolte » amassée par l'impérialisme ; vous ne ferez rien de plus que de « communiser » le résultat du pillage et de l'exploitation qui auront été menés par l'impérialisme. Et ce sera le cas même s'il y aura nécessairement eu destruction et perturbation de la technologie et de l'économie en général, étant donné la guerre révolutionnaire qui aura été menée pour renverser l'impérialisme : même en tenant compte de tout ça, vous serez nécessairement les « héritiers » du développement technologique considérable et de celui des forces productives qui, pour une très large part, auront été le fruit de l'exploitation et du pillage menés pendant des décennies et même des siècles de domination impérialiste et de conquêtes coloniales partout à travers le monde.

Alors, la question qui se posera sera la suivante : allez-vous adopter une approche visant à « communiser » ces fruits pour l'unique bénéfice de la population de votre pays autrefois impérialiste, ou allez-vous plutôt utiliser ces forces productives d'abord et avant tout pour faire avancer la révolution mondiale, i.e. dans l'objectif de renverser les rapports inégaux et les rapports d'exploitation à l'échelle internationale - ce qui inclut bien sûr cette « grande division » historique entre pays impérialistes et pays dominés ?

Vers l'abolition des classes

Une autre façon d'aborder la question, c'est d'expliquer qu'aussi longtemps que la société sera divisée en classes - c'est-à-dire aussi longtemps qu'il existera des bases économiques et matérielles qui fondent cette division en classes - c'est seulement à travers un État socialiste que les intérêts supérieurs du prolétariat et des masses populaires pourront être réalisés. Et c'est seulement à travers un tel État que l'internationalisme prolétarien pour atteindre sa pleine et sa plus haute expression. Ce sera la seule manière, en fait, de faire en sorte que les intérêts plus généraux du prolétariat puissent s'exprimer, qu'ils puissent être mis en œuvre et s'imposer - le mot est lâché ! - malgré l'opposition des exploiteurs et des autres forces qui pousseront pour un retour en arrière.

Dans ces conditions, alors que ce qui fonde les divisions de classes n'aura pas encore été surmonté et totalement déraciné, il est évident que sans un État prolétarien - i.e. sans un instrument unifié capable de concentrer, d'exprimer et de matérialiser les intérêts du prolétariat dans son ensemble - le « meilleur résultat » qu'on pourra obtenir (et encore là, seulement pour une période de temps limitée), ce seront des petits groupes de gens qui exerceront un mode de vie petit bourgeois et opéreront selon tel mode. Si les moyens de production appartiennent ou sont placés sous le contrôle de petites unités et que la production est organisée sur cette base, par quels moyens et selon quels mécanismes les rapports économiques entre ces groupes et entre les individuEs qui les composent seront-ils donc régulés ?

Il est clair qu'on ne pourra se débarrasser des rapports marchands et de la monnaie tout de suite après le renversement du système capitaliste - ni même avant une bonne période de temps. Si vous tentiez de vous en débarrasser ipso facto, il en résulterait un chaos certain. Politiquement et économiquement, on obtiendrait alors ce que les anarchistes aiment à présenter comme étant une société idéale, i.e. une société dans laquelle aucune élite que ce soit ne monopolise l'autorité et le pouvoir. Mais en fait, si un tel programme était mis en application, les rapports économiques entre les différents secteurs et entre les individuEs eux-mêmes et elles-mêmes à l'intérieur de la société, ne seraient plus régulés que par les nécessités de la production de marchandises et des échanges - plus précisément, par les nécessités de la production de marchandises et des échanges capitalistes. Avec pour résultat qu'on assisterait à une re-polarisation sociale, suivant des divisions typiquement capitalistes, et à terme à l'émergence d'une bourgeoisie et d'une société bourgeoise à part entière. (Ultimement, on assisterait aussi au rétablissement du pillage et de l'exploitation impérialistes.)

Le « syndrome Ben & Jerry »

En d'autres mots, ce qu'il faut voir, c'est que si on n'abolit pas dans les faits les conditions matérielles qui donnent naissance et sous-tendent la division de la société en classes ; si on ne surmonte pas les divisions entre travail manuel et travail intellectuel, la division sociale du travail qui comporte l'oppression des femmes, ainsi que les autres contradictions sociales importantes ; si on ne fait pas naître les conditions qui rendront possible d'articuler la production et l'échange des biens et services en-dehors du cadre des rapports marchands et de l'utilisation de la monnaie ; et si on n'atteint pas tous ces objectifs non seulement dans une seule partie du monde, mais à l'échelle du globe tout entier et qu'on se satisfait de l'existence de petites unités qui se seront rassemblées pour produire ensemble certaines choses : alors on se condamnera, inévitablement, à retourner en arrière et à faire revivre les principes de régulation économique du capitalisme.

Le fait est qu'on ne pourra, dans un premier temps, éviter de faire face à une certaine division du travail. Chaque personne, comme chacune des petites unités, ne pourra produire individuellement l'ensemble de ce qui lui sera nécessaire pour subsister. Il y aura donc, inévitablement, une certaine forme d'échanges. Et encore une fois, j'aimerais rappeler que cette question possède aussi une dimension internationale et qu'on ne peut la limiter à un seul pays ou une seule partie du monde. Quelle forme ces échanges prendront-ils ? Et comment fera-t-on en sorte que ces échanges - et la production qu'ils soustendent - contribuent à surmonter les divisions et les inégalités, et aussi à faire avancer la révolution mondiale, i.e. à réaliser les transformations nécessaires à l'élimination des classes et des inégalités sociales à l'échelle du globe ?

En vérité, toutes ces unités de production « autogérées » vont contribuer à reproduire les rapports capitalistes, tant à travers les échanges qu'elles entretiendront les unes avec les autres qu'en leur propre sein. Elles se retrouveront dans une situation où, dans l'ensemble, il n'y aura rien ni personne pour personnifier les intérêts supérieurs de la société, où il n'y aura aucune « autorité » (oups !) qui puisse surpasser les intérêts particuliers des différentes composantes et tenter d'unifier les masses autour de leurs intérêts généraux. Et sans une telle autorité, il n'y aura tout simplement pas moyen d'abolir les inégalités sociales, la production marchande et les bases matérielles qui favorisent les distinctions de classes. En traitant ou en négociant avec le reste de la société et avec les autres pays et en s'inscrivant dans le cadre général du procès d'accumulation qui existe dans le monde entier, ces petites unités se trouveront nécessairement atteintes de ce que nous pourrions appeler le « syndrome Ben & Jerry ». C'est-à-dire que malgré toutes leurs bonnes intentions et leur volonté de faire les choses pour le mieux, elles ne pourront éviter de se retrouver dans une situation où certaines personnes en exploiteront d'autres, d'une part ; et où elles profiteront de la division inégale du travail et des rapports d'exploitation déséquilibrés qu'on retrouve à l'échelle du monde, d'autre part.

Aussi longtemps qu'on ne tentera pas de supprimer de façon systématique les forces du capitalisme et de réaliser les intérêts supérieurs du prolétariat au moyen de l'État, les forces capitalistes vont resurgir, comme l'a dit Lénine, constamment, chaque jour, à chaque heure, d'une manière spontanée et dans de vastes proportions, sur la base même des contradictions sociales et économiques qu'on aura tout juste commencé à tenter de régler. Sans un État qui soit en mesure d'unifier les intérêts populaires - ceux du prolétariat et des larges masses du peuple - et de les synthétiser à un plus haut degré, les diverses unités de production qui auront à échanger ensemble se trouveront objectivement à compétitionner les unes avec les autres. Et cette compétition en amènera certaines à avancer plus vite que d'autres, qui quant à elles seront condamnées à reculer. Cela conduira à une plus grande polarisation et au renforcement des inégalités, à la fois entre les différents secteurs de l'économie et à l'intérieur même de chacune des unités.

En tenant compte de l'internationalisme prolétarien et de la nécessité de surmonter ces inégalités et ces divisions qui auront pour effet de reproduire constamment la bourgeoisie - car même après que le système capitaliste aura été renversé, ces inégalités et divisions produiront des forces qui elles-mêmes pousseront en faveur de la restauration d'un mode de production bourgeois - il apparaît assez évident qu'on ne pourra se passer de l'État et le rayer d'un seul coup. En fait, on ne pourra s'en passer avant une assez longue période historique, et certainement pas tant qu'on n'aura pas totalement éradiqué les bases qui donnent naissance aux distinctions de classes, aux inégalités sociales et aux antagonismes qu'elles entraînent. Tant qu'on aura pas atteint cette étape, l'absence d'un État prolétarien fera en sorte que ce sont les forces capitalistes qui vont se renforcer ; et plutôt que de se retrouver rapidement dans une société sans État, comme on le souhaite, on va se retrouver avec un nouvel État bourgeois, une dictature de la bourgeoisie, qui exercera à nouveau sa domination sur la société, ramènera en force le mode de production capitaliste avec tout ce que ça implique en termes d'oppression et d'inégalités et ce, à la fois à l'interne et à l'échelle internationale.

Dès lors que le système capitaliste tel que nous le connaissons actuellement aura été renversé, les forces de l'ancienne bourgeoisie vont tenter de se regrouper, de saboter et éventuellement de renverser la nouvelle société ; mais plus encore, de nouvelles forces bourgeoises vont émerger, constamment et pour une longue période de temps. Ces différentes forces vont tenter de se coordonner les unes avec les autres ; elles vont former des alliances, rassembler leurs forces, puis se chercher des alliées à l'échelle internationale ; après quoi, elles vont passer à l'action dans l'objectif de restaurer le capitalisme. Sans un État prolétarien, sincèrement, il n'y aura rien ni personne pour les en empêcher - ni force unifiée, ni direction capable de représenter l'ensemble du prolétariat et de l'amener à combattre la contre-révolution.

Un État radicalement différent

Évidemment, l'État socialiste, tel qu'on le conçoit, doit être envisagé de façon radicalement différente de ce qu'on a connu jusqu'à maintenant. Il devra représenter les intérêts révolutionnaires du prolétariat et des masses populaires ; ces intérêts devront transparaître concrètement dans ses institutions et son fonctionnement. L'État devra s'appuyer sur la conscience révolutionnaire des masses et susciter constamment leur activité ; il devra favoriser leur implication grandissante dans la prise en charge et la transformation de toutes les sphères de la société. L'État devra aussi développer et intégrer les nouvelles formes de pouvoir et d'organisation qui permettront ces transformations. Notre objectif ultime, dans le cadre de ce qui sera, comme on l'a vu, la révolution la plus radicale de toute l'histoire de l'humanité, est l'abolition de l'État ; plus généralement, il s'agit d'établir les conditions qui le rendront caduc et qui feront qu'il n'y aura plus de fondement à l'institutionnalisation de la direction d'un groupe déterminé et qu'il ne sera plus possible pour une partie de la société de dominer et exploiter les autres.

Il est vrai - et l'expérience historique des révolutions socialistes nous l'a enseigné de façon dramatique - que les forces les mieux placées stratégiquement à l'intérieur de la société socialiste pour pousser dans le sens d'une restauration du capitalisme, ce sont précisément les dirigeants de haut rang à l'intérieur de l'appareil d'État (et du parti d'avant-garde qui constitue la force dirigeante à cette étape) qui vireront capot et se tourneront contre la révolution. Comme Mao l'a constaté, ce sont les personnes en autorité qui suivent la voie capitaliste qui constituent le plus grand danger pour l'avenir de la révolution socialiste. Il s'agit là d'une contradiction très aiguë, qui prend racine dans la nature même du socialisme - qui est une société de transition entre le capitalisme et le communisme (celui-ci étant l'étape finale où il n'y aura plus de distinctions de classes et d'inégalités sociales). Mais justement : c'est cette contradiction, tout comme les autres contradictions fondamentales telles que la persistance des divisions entre travail manuel et travail intellectuel, des rapports marchands et de la monnaie, des conditions sociales qui autorisent l'oppression des femmes, etc., qui rendent nécessaire le rôle dirigeant d'un parti d'avant-garde qui représente le point de vue et les intérêts révolutionnaires du prolétariat. Et ce sont ces mêmes contradictions qui font que la lutte pour révolutionnariser constamment ce parti est un élément crucial de la lutte pour révolutionnariser la société toute entière et l'amener jusqu'au communisme. Mais tant qu'on n'aura pas atteint le communisme - et j'insiste ici en disant que tant qu'on ne l'aura pas atteint à l'échelle du monde entier - et tant que les bases matérielles et idéologiques n'auront pas rendu possible l'abolition de l'État (et du parti d'avant-garde), on ne pourra jamais faire primer les intérêts supérieurs du prolétariat et des masses populaires sans un État prolétarien et sans un parti d'avant-garde qui les mettent de l'avant.

Parallèlement, c'est là également la seule façon de faire en sorte que l'internationalisme prolétarien soit réellement appliqué. Autrement, nous assisterons à la ré-émergence des distinctions de classes, à leur polarisation et au renforcement des mécanismes d'exploitation caractéristiques du capitalisme et de l'impérialisme. Et nous nous retrouverons avec une nouvelle sorte de chauvinisme qui justifiera le fait que ceux et celles qui auront émergé comme formant une nouvelle élite dans la société pourront jouir de nouveau des bénéfices tirés du pillage impérialiste historique, du déséquilibre, des rapports d'exploitation et de la division internationale du travail qui caractérisent l'impérialisme.

Bob Avakian
Traduction : Arsenal

(paru dans la revue Arsenal n° 2)

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