UNE MISE AU POINT S'IMPOSE
Le PCR(co), complice de l'extrême-droite?
Le dernier numéro de la revue Ruptures (n° 4, été 2004), publiée par les camarades de la Fédération des communistes libertaires du Nord-Est (la NEFAC), contient un article qui a fait couler quelques bits (et désormais un peu d'encre) intitulé « Retour vers le passé », qui se veut un portrait de l'extrême-droite au Québec et qui contient des allégations plutôt sournoises à l'endroit du PCR(co) et d'un de ses militants de la région de Québec.
L'article, signé Michel Nestor, se présente sous la forme d'une recension des principaux courants, groupes et individus qui composent la mouvance d'extrême-droite dans notre belle province. Bien qu'on n'y trouve aucune analyse du rôle que joue actuellement l'extrême-droite dans la société québécoise ni de celui qu'elle pourrait être appelée à jouer au cours des prochaines années (ses rapports avec l'État, les capitalistes, les partis bourgeois et la contradiction principale, notamment), il s'agit à prime abord d'une contribution bienvenue, ne serait-ce que par la quantité d'informations qu'on y retrouve, et susceptible d'intéresser tous les militants et toutes les militantes anti-capitalistes et révolutionnaires.
Ceux et celles qui ont eu la chance de la parcourir auront certainement noté qu'on y fait référence, mais sans qu'on puisse comprendre clairement de quoi il en retourne, au fait qu'un militant de notre organisation entretiendrait des sympathies, voire même des liens directs avec des organisations d'extrême-droite. Ainsi, parlant de la revue Aquila (présentée comme « une publication national-bolchévique éditée à Hull depuis la fin des années 90»), Ruptures précise qu'elle « est diffusée à Québec par un militant du Parti communiste révolutionnaire (PCR) proche du MLNQ et connu pour ses sympathies ultra-nationalistes » (le MLNQ, ou Mouvement de libération nationale du Québec, est ce groupe dirigé par l'ex-felquiste Raymond Villeneuve, qui rallie des partisans d'un nationalisme ethnique pur et dur).
L'auteur ajoute, dans une note de bas de page, que « le PCR a depuis demandé une autocritique au militant en question, qui est toutefois demeuré membre de cette organisation maoïste ». Ce « militant en question » a-t-il accepté de présenter une autocritique, ou alors est-il demeuré membre du PCR(co) tout en maintenant ses soi-disant « sympathies ultra-nationalistes »? Cela, l'auteur ne le précise pas, même s'il disposait pourtant de toutes les informations nécessaires (y compris le texte de cette fameuse autocritique).
Suite à la parution de cet article, de prime abord assez troublant (sommes-nous devenus complaisants face à l'ultra-nationalisme, voire complices de l'extrême-droite?), notre camarade a rédigé une première réponse, en son propre nom, qui fut notamment publiée sur le site Web du Centre des médias alternatifs du Québec (le CMAQ).
Dans cette réponse, il précise très clairement ne pas être proche du MLNQ, ne connaître aucun membre de cette organisation et n'avoir jamais eu de réunion avec eux. Quant à cette revue appelée Aquila, le camarade explique qu'il ne la distribue pas et qu'il ne l'a jamais vendue : après qu'un de ses amis lui en eût refilé un exemplaire, il admet toutefois l'avoir présentée aux responsables d'un centre de diffusion anarchiste de Québec, il y a deux ans (l'infoshop), en souhaitant simplement connaître leurs réactions face aux idées qu'on peut y lire.
Faisant preuve d'un fort esprit autocritique, notre camarade reconnaît qu'il a effectivement commis des erreurs par le passé, en encourageant le nationalisme quand il aurait dû le combattre, tout en ajoutant que le PCR(co) considère important de s'adresser aux prolétaires (jeunes et moins jeunes) qui sont encore influencéEs par le nationalisme étroit, dans le but de les amener à rompre avec cette idéologie qui va à l'encontre de leurs propres intérêts.
Avec beaucoup d'à-propos, le camarade souligne que contrairement aux anarchistes, les maoïstes ne s'opposent pas à toutes les formes de nationalisme ou de patriotisme, et qu'il faut savoir faire la distinction entre les nations dominantes et les nations dominées : ainsi, le patriotisme irakien est fondamentalement différent du patriotisme états-unien dans la conjoncture actuelle; et le nationalisme des peuples autochtones qui vivent sur les territoires canadien et québécois est de nature différente des nationalismes canadien et québécois, qui s'opposent à la pleine reconnaissance de leur droit à l'autodétermination. (Au fait, on ne verra jamais un militant ou une militante du PCR(co) se pointer dans une manifestation palestinienne avec une pancarte sur laquelle il serait écrit « Ni patrie, ni État, ni Israël, ni Palestine », comme ça s'est déjà vu!)
En faisant un amalgame grossier et malhonnête entre le PCR(co) et l'extrême-droite ultra-nationaliste, la NEFAC, par le biais de sa revue, a choisi de faire sien le discours de la bourgeoisie, qui se plaît justement à associer le communisme au fascisme.
La publication de la réponse de notre camarade a entraîné une série de réactions, officielles ou officieuses, de la part de la NEFAC et de ses militantEs.
Pour l'essentiel, les militantEs de la NEFAC qui ont pris part au débat ont défendu l'idée que leur objectif était non pas de condamner le PCR(co) par association, mais seulement de mettre en garde, en quelque sorte, les militantEs et organisations d'extrême-gauche face à d'éventuelles manipulations de la part de mouvements d'extrême-droite...
Cette « explication », a posteriori, constitue en réalité une tricherie pure et simple. Car si l'auteur de l'article avait voulu, sincèrement, atteindre cet objectif (à savoir, de mettre en garde l'extrême-gauche) sans semer le doute ou le discrédit sur nous, il aurait simplement écrit - d'autant plus que ces informations étaient connues de la NEFAC - que notre camarade avait participé à des actions du MLNQ (au passé), et non qu'il est proche de cette organisation (au présent); qu'il avait diffusé la revue Aquila, et non qu'il la diffuse présentement (et encore, dans la mesure où on accepte que le fait de l'avoir présentée une fois à un responsable de l'infoshop constituait une « diffusion »); et enfin, que non seulement le PCR(co) avait demandé une autocritique de la part de l'unité de base dont le camarade fait partie, mais qu'il l'avait obtenue (ce qui ne veut peut-être rien dire pour des anarchistes; mais ce n'est pas rien, pour des maoïstes comme nous).
Comme on l'a vu plus haut, les lecteurs et lectrices de la revue Ruptures n'auront jamais eu la chance d'apprendre si l'autocritique a été faite, et encore moins quelle en fut la teneur. De tout cela, ils et elles n'auront donc pu comprendre qu'une seule chose : à savoir que le PCR(co) - cette organisation maoïste (une prise!) - a admis la propagation de points de vue ultra-nationalistes dans ses rangs (deuxième prise!) et que vraisemblablement, elle continue à les tolérer (troisième prise!). Pour le bénéfice de nos propres lectrices et lecteurs (et surtout, de ceux et celles, s'il en est, qui lisent aussi la revue Ruptures), nous reproduisons, ci-bas, l'intégralité du texte de cette fameuse autocritique (dont une copie fut mise à la disposition de la NEFAC, dès le début de l'année).
Il faut savoir que la lutte entre les deux lignes et la pratique conséquente de la critique et de l'autocritique font partie des fondements mêmes du mouvement maoïste. Il s'agit là de la méthode que nous utilisons pour faire avancer les débats idéologiques et régler les différentes questions politiques qui surgissent dans et autour de notre organisation. Hormis les situations où la sécurité ou l'existence même de leur organisation sont mises en danger, les maoïstes ne souhaitent jamais régler les débats par des exclusions ou des « excommunications » (même si nous savons très bien qu'il arrive qu'une lutte de lignes puisse se terminer par une rupture organisationnelle).
Règle générale, nous cherchons plutôt à profiter de ces occasions qui se présentent dans la vie politique réelle pour améliorer, collectivement, notre compréhension et notre maîtrise des questions qui sont en jeu. Peut-être la NEFAC aurait-elle souhaité que nous réglions la question par des méthodes disons... plus « staliniennes »? Tel n'est pas notre choix.
Cela dit, si ça peut rassurer certains camarades de la NEFAC, nous ne sommes pas particulièrement « ultra-démocratistes » (avouons que ce serait là toute une insulte, pour des léninistes comme nous, que de se faire accuser d'une chose telle par des communistes libertaires!) : s'il est une question sur laquelle nous n'avons jamais cessé d'aller à contre-courant et d'affirmer clairement nos positions - au risque de nous isoler parfois de toute la « gauche » québécoise (hormis certaines organisations libertaires) - c'est bien la question nationale. Là-dessus, on n'a vraiment, mais vraiment pas de leçons à recevoir.
Comme organisation maoïste, et en dépit des divergences idéologiques fondamentales qui nous séparent, nous avons toujours considéré et considérons la NEFAC comme une organisation anti-capitaliste honnête, qui souhaite atteindre les mêmes objectifs de libération et d'émancipation que nous (à savoir l'abolition des classes et de l'État, et l'établissement d'une société communiste). Tout en maintenant une solidarité nécessaire, sur le terrain, face à l'ennemi commun, nous cherchons à mener le débat avec elle sur le plan politique, sans complaisance, dans l'esprit de clarifier les questions de fond qui sont en jeu, et non par pure mesquinerie, comme en témoignent les articles que nous avons déjà publiés dans ces pages (Arsenal n° 2, mars 2004).
La NEFAC saura-t-elle relever le défi, ou continuera-t-elle à agir en dilettante? La réponse à cette question témoignera du sérieux avec lequel les organisations qui se disent actuellement révolutionnaires appréhendent en pratique les questions de la révolution.
Le Bureau politique du PCR(co)
LE TEXTE DE L'AUTOCRITIQUE DE NOS CAMARADES DE QUÉBEC
« Nous nous rallions au programme du PCR(co) »
Voici le texte de l'autocritique adoptée par les camarades du comité d'organisation de Québec du PCR(co) et qui a été présentée lors d'une assemblée publique ayant eu lieu le 5 décembre 2003.
Camarades, le combat progresse! De grandes luttes se préparent. La bourgeoisie va être surprise par la vigueur et la ténacité de nos assauts! Nous voulons plus que toute autre chose participer à ces luttes avec dévouement, combativité et enthousiasme.
1. En tant que communistes et maoïstes actifs à Québec, nous nous réjouissons des progrès marqués par le PCR(co) à l'occasion de son premier congrès qui s'est tenu l'été dernier. Nous sommes convaincus que les bases sont d'ores et déjà jetées pour la constitution d'une véritable organisation révolutionnaire. Cette organisation saura, fait unique dans l'histoire récente du Canada, rester férocement indépendante et autonome de l'État bourgeois. Ce sera un parti qui échappera également, pour le plus grand bien de la liberté d'action des prolétaires, au parlementarisme - quasi-cadavre asséché - et qui défiera avec audace et courage le contrôle légal, policier et idéologique dont l'État bourgeois a besoin s'il veut pouvoir museler et endiguer l'opposition et la colère des pauvres.
2. Nous sommes satisfaits et heureux d'avoir pu collaborer à ce congrès et nous soutenons toutes ses décisions. Nous appelons tous et toutes les militantEs révolutionnaires à prendre également connaissance des résolutions du congrès et à se joindre à un comité d'organisation du PCR(co) pour participer solidairement à leur application.
3. Nous reconnaissons par ailleurs qu'il existe de nombreuses difficultés devant celui ou celle qui se joint au combat révolutionnaire. Nous avons nous-mêmes connu et continuons à connaître un certain nombre de ces difficultés.
4. Ainsi, tout en ayant placé volontairement notre propre pratique à Québec au cours de ces dernières années dans la continuité de la Conférence communiste révolutionnaire de novembre 2000 à Montréal (conférence qui a lancé le PCR[co]), nous reconnaissons aujourd'hui avoir été inconstants et légers dans toutes les tâches de construction d'un parti révolutionnaire, tâches qui étaient résumées dans la Résolution pour la création du Parti communiste révolutionnaire (comités d'organisation). Cette résolution, nous l'avons appuyée en paroles, mais nous nous en sommes constamment éloignés en pratique, donnant prise à ce très vieux défaut d'inconséquence qui a collé à la peau du mouvement communiste pendant des décennies, dans notre pays comme ailleurs.
5.Nous avons agi avec désinvolture et détachement dans la promotion et la défense de la ligne politique du PCR(co) (son projet de programme) ainsi que dans la plupart des tâches pratiques de construction d'une organisation (débats internes, mobilisations, rapports, financement, diffusions). Nous sommes conscients d'avoir ainsi répandu autour de nous une impression fausse et tout à fait néfaste à l'effet que la pratique politique du PCR(co) n'était qu'une réalité des plus approximatives - voire inexistante - subordonnée dans les faits aux positions, aux priorités et aux humeurs individuelles de ses militants et militantes.
6. Nous reconnaissons que cela est de l'individualisme qui n'a pas sa place dans une organisation prolétarienne révolutionnaire. Cet individualisme nuit au débat plutôt qu'il ne l'encourage, en essayant constamment de faire vivoter en parallèle des voies incompatibles. Ce qui donne toujours un résultat politique confus qui échappe à la volonté manifeste de nos propres camarades et de notre propre organisation. En clair cela veut dire, et nous le reconnaissons maintenant, que nous avons essayé d'échapper à la solidarité et à la démocratie prolétarienne telles qu'elles doivent s'appliquer à l'intérieur d'une organisation communiste, en poursuivant une voie parallèle confuse.
7. Nous avons tenté, pendant la période de « naissance » de la ligne maoïste du PCR(co) (2000-2003), d'introduire le nationalisme bourgeois à l'intérieur du maoïsme. S'il y a eu dans cet effort d'amalgame - non-abouti - une certaine part qui peut s'expliquer par une connaissance encore insuffisante du marxisme-léninisme-maoïsme et de son application concrète dans l'examen des différentes contradictions au Québec et au Canada, il y a aussi eu de notre côté une volonté erronée de préserver et de sauvegarder en l'adaptant le nationalisme étroit (et à certains égard réactionnaire) traditionnellement présent dans les courants indépendantistes radicaux. Cela au même moment où la crise du nationalisme démontrait plus que jamais l'incapacité de celui-ci à offrir une issue à la lutte des pauvres, des travailleursSES et de la jeunesse du Québec.
8. Dans notre pratique auprès des masses, nous avons manqué trop d'occasions de combattre la ligne nationaliste. Sur cette question, nous avons clairement fait faux-bond au projet de programme de notre propre organisation.
9. S'il est tout à fait juste de s'adresser aux prolétaires, jeunes et moins jeunes, qui sont encore ouvertement nationalistes, comme à des membres de notre classe soumis à des rapports d'exploitation et d'oppression par la bourgeoisie, nous considérons maintenant - ce qui n'était pas le cas ces trois dernières années - qu'il faut le faire dans l'esprit de révéler la nature de classe et le côté réactionnaire des idées qu'ils et elles défendent, ce qui veut dire de combattre clairement le nationalisme étroit et l'indépendantisme radical qui sont objectivement des courants anti-prolétariens.
10. Même les cliques vociférantes qui prétendent se préparer à faire souffler la tempête, ne proposent pas autre chose aux jeunes prolétaires et aux ouvriers et ouvrières du Québec que de se mettre à nouveau au service du nationalisme bourgeois. Ces cliques ont la même stratégie depuis 40 ans : « ...taisez, sacrifiez votre colère de jeunes prolétaires contre les capitalistes jusqu'à l'indépendance nationale ». Nous rejetons cette vieille stratégie de dominés et de larbins.
11. Nous nous rallions au Programme du PCR(co) et nous adhérons entièrement à son plan de bataille pour faire la révolution! Nous considérons que le contenu politique de ce programme est supérieur à chacune de nos conceptions individuelles souvent incomplètes, parcellaires ou erronées. Nous appelons tous et toutes les prolétaires à rejoindre le PCR(co)!
Le Comité d'organisation de Québec du PCR(co)
Le 5 décembre 2003 (paru dans la revue Arsenal n° 4)
|